COMMUNICATION première séance : Introduction (2/2)
- 28 févr. 2017
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Intervention pour la séance APSC du 11 février 2017
Notions : Surmoi/idéal du moi/narcissisme/objet du désir.
Société sur-répressive et altération de la production du Surmoi : Eros et Civilisation
Adorno, , paragraphe 38 (1946 ; 2001 pour la trad fr Payot) :
« Puisqu’aussi bien, c’est en fait de n’avoir plus assez d’inhibitions, et non pas d’en avoir trop, que souffrent nos contemporains – sans que pour autant leur santé se soit améliorée le moins du monde – une méthode cathartique digne de ce nom devrait, non pas se mesurer à l’aune d’une adaptation réussie et de succès économiques, mais aider les hommes à prendre conscience du malheur, du malheur en général et de leur malheur propre, qui en est inséparable ; elle aurait à leur ôter les pseudo satisfactions illusoires grâce auxquelles l’ordre odieux que nous connaissons peut encore survivre en eux comme s’il ne le tenait pas déjà de l’extérieur assez fermement sous sa domination. »
MARCUSE : La thèse centrale de Marcuse est que la société du capitalisme avancé est une « société sur-répressive ». Qu’est-ce qui justifie cette appréciation à rebrousse-poil des idées courantes sur nos sociétés ? Pour Marcuse, c’est fondamentalement le développement social du système du travail, sa rationalisation croissante et la soumission de tous les aspects de la vie au principe du calcul de toutes les opérations sociales dans un objectif de rendement. Si pour Freud il y a une sorte de mouvement cyclique domination-rébellion-domination, pour Marcuse, la seconde domination ne répète pas la première, il y a un « progrès » dans la domination. Marcuse, en disciple de Freud, admet qu’un certain niveau de répression est nécessaire du point de vue phylogénétique (la conservation de l’espèce) ; la sur-répression « est cette partie qui résulte des conditions sociales spécifiques et qui est imposée dans l’intérêt spécifique de la domination » (EROS et Civilisation p. 88). Sous le règne du principe de rendement, la domination devient impersonnelle, objective, elle n’est plus imposée par la violence directe (même si celle-ci demeure), mais par la division sociale du travail. L’organisation sociale, par les utilités qu’elle prétend offrir, prend la forme de la « raison objective ».
Pour Marcuse, la rationalisation capitaliste conduit à une extension du contrôle social aux aspects les plus intimes de la vie dite « privée ». Voici ce que dit Marcuse : : « Cette extension des contrôles à des régions de la conscience et des loisirs auparavant libres, autorise un relâchement des tabous sexuels (qui étaient avant plus importants parce que les contrôles sur l’ensemble de la population étaient moins efficaces). Si l’on compare la période actuelle aux périodes puritaine et victorienne, la liberté sexuelle a sans doute augmenté (bien qu’on puisse noter une réaction évidente contre les années 1920). En même temps cependant, les relations sexuelles elles-mêmes ont été bien davantage assimilées à des relations sociales. La liberté sexuelle s’est harmonisée avec un conformisme profitable. L’antagonisme fondamental entre la sexualité et l’utilité sociale – qui est elle-même le reflet du conflit entre le principe de plaisir et le principe de réalité – est brouillé par l'empiétement progressif du principe de réalité sur le principe de plaisir. » (Eros et Civilisation p. 94) Autrement dit, la sexualité jadis antinomique aux besoins de la société, peut être soumise à un contrôle apparent moins strict, car les individus, dans leurs relations érotiques « suivent la publicité qui vend le charme, la romance, les vedettes. » (Ibid.) On peut faire remarquer dès à présent que cette hypothèse de la répression sexuelle est critiquée par Foucault pour sa naïveté à l’égard de ses propres impensés, tout au long du tome 1 de son (La volonté de Savoir). Au sujet des discours et contrôles politiques sur le sexe, organisés étatiquement à partir de l’âge classique (notamment les questions de contraception), Foucault affirme :
" Mais ce n'est pas pour autant une pure et simple mise au silence. C'est plutôt un nouveau régime des discours. On n'en dit pas moins, au contraire. Mais on le dit autrement; ce sont d'autres gens qui le disent, à partir d'autres points de vue et pour obtenir d'autres effets. Le mutisme lui-même, les choses qu'on se refuse à dire ou qu'on interdit de nommer, la discrétion qu'on requiert entre certains locuteurs, sont moins la limite absolue du discours, l'autre côté dont il serait séparé par une frontière rigoureuse, que des éléments qui fonctionnent à côté des choses dites, avec elles et par rapport à elles dans des stratégies d'ensemble. Il n'y a pas à faire de partage binaire entre ce qu'on dit et ce qu'on ne dit pas; il faudrait essayer de déterminer les différentes manières de ne pas les dire, comment se distribuent ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas en parler, quel type de discours est autorisé ou quelle forme de discrétion est requise pour les uns et les autres. Il n'y a pas un, mais des silences et ils font partie intégrante des stratégies qui sous-tendent et traversent les discours."
(La volonté de savoir, p. 38 – 39).
Cependant un certain nombre d’éléments dans l’analyse de Marcuse nous semblent conserver leur pertinence malgré la critique foucaldienne. Ainsi du thème du « déclin du rôle social de la famille » comme conséquence du processus « d’abolition technique des individus ». Selon Marcuse, dans l’ancien capitalisme (jusqu’à la première moitié du XXe siècle), les conflits familiaux finissaient par produire des individus qui gardaient les traces des conflits familiaux et « à cause de ça leur adaptation laissait des cicatrices douloureuses et la vie sous le principe de rendement conservait encore une sphère de non-conformisme privé » (p. 96). Marcuse ajoute qu’aujourd’hui, « la formation du surmoi adulte semble sauter l’étape de l’individualisation » (p.96). C’est l’ensemble de ces processus que Marcuse nomme « désublimation répressive » auquel il oppose l’idéal d’une « civilisation non répressive », développé dans la 2e partie d’Éros et Civilisation.
Ce qui nous intéressera en premier c’est le rapport qu’entretient Marcuse avec Freud, rapport particulier, critique sur certains points, mais fidèle dans l’inspiration fondamentale selon laquelle les catégories psychologiques sont aussi des catégories sociologiques et des catégories politiques : « les processus psychiques qui furent autrefois autonomes et privés sont en train d’être absorbés par le rôle de l’individu dans l’État, par son existence publique. Par conséquent, les problèmes psychologiques se transforment en problème politique » [Intro de Eros et Civilisation p. 9]. Cette identité des questions psychologiques et des questions politiques n’est pas transhistorique ; elle découle des transformations sociales induites par l’État moderne.
Cf conception dialectique de l’Histoire chez Marcuse (thèse sur l’ontologie de l’historicité hégélienne sous la direction de heidegger).
Plan de la thèse de Marcuse sur Hegel (site des éditions de Minuit) :
Première partie : 1. Aspects historiques de la situation initiale présidant aux premières publications de Hegel – 2. L’élaboration du nouveau concept de l’Être dans la discussion du concept kantien de la synthèse transcendantale – 3. La différence absolue de l’Être : l’égalité à soi-même dans l’altérité. L’Être comme mobilité (Heidegger : identité et différence, être comme processualité) – 4. La mobilité comme transformation. La finitude de l’étant – 5. La finitude comme infinité. L’infinité comme caractère de la mobilité – 6. L’apparition d’une nouvelle dimension de l’Être et de la mobilité. La ré-intériorisation en essence de l’étant immédiat – 7. La mobilité de l’essence dans sa bidimensionnalité. Le fondement et l’ unité de l’étant – 8. L’Être comme existence – 9. La réalité effective comme achèvement de l’Être – 10. Définition récapitulative de la réalité effective comme mobilité – 11. L’Être concevant (le Concept ) comme Être véritable. La substance comme sujet – 12. Le mode d’être du concept : la singularisation de l’universalité. Le jugement et le syllogisme – 13. La réalité non-libre du Concept : l’objectivité – 14. La réalité libre et vraie du Concept : l’Idée – 15. La Vie comme vérité de l’étant. L’idée du vivre et du connaître – 16. L’Idée absolue – 17. Éclaircissements récapitulatifs et passage à la seconde partie Seconde partie : . 18. La Vie comme concept fondamental dans les – 19. La Vie comme figure de l’Esprit absolu dans la . La Vie comme concept ontologique dans la – 20. Introduction et définition du concept de Vie – 21. L’advenir de la Vie dans son immédiateté – 22. L’advenir de la Vie dans son historicité : a) La réalisation effective de la conscience de soi comme raison – 23. b) La réalité effective de la conscience de soi dans le faire de tous et de chacun . L’ œuvre et la Chose-même – 24. Le passage du concept de Vie au concept ontologique d’Esprit – 25. La transformation de la mobilité doublée de savoir en mobilité du Savoir absolu. La détermination essentielle de l’ histoire au terme de la Phénoménologie de l'Esprit – 26. Conclusion : Le rôle de la détermination fondamentale hégélienne de l’historicité dans la théorie diltheyenne de la construction du monde historique par les sciences humaines
Le point de départ de la réflexion de Marcuse est l’affirmation de Freud selon laquelle la civilisation n’a pu s’édifier que sur la base de la répression pulsionnelle. En cela la théorie analytique selon Marcuse se positionne comme une science de l’homme « dans la grande tradition de la philosophie et sous des critères philosophiques ». Dans Éros et civilisation, Marcuse ne se propose pas « d’apporter une interprétation corrigée ou améliorée des concepts freudiens, mais de définir leurs implications philosophiques et sociologiques » (p.10).
la « désublimation répressive » :
La promotion des activités de loisirs abêtissantes, l’organisation monopoliste de l’information, l’anéantissement de toute véritable opposition au système établi, le triomphe des idéologies anti-intellectuelles sont des exemples de cette tendance. Cette extension des contrôles à des régions de la conscience et des loisirs auparavant libres, autorise un relâchement des tabous sexuels (qui étaient avant plus importants, parce que les contrôles sur l’ensemble de la personnalité étaient moins efficaces). (Eros et Civilisation p. 94)
Pour Marcuse, la société moderne recèle la possibilité d’une « sublimation non répressive », mais les exigences de la domination augmentent la répression en permettant une « désublimation répressive ». Le relâchement des contraintes morales à l’intérieur du système apparait moins comme le produit d’une subversion que comme le résultat du processus néo-libéral de relativisation toujours croissant des normes pouvant freiner la mécanisation et la marchandisation des êtres et des choses. La grande presse, les gens qui ne l’ont pas lu et quelques autres qui l’avaient lu trop vite ont voulu faire de Marcuse le grand prêtre de la libération sexuelle post-68, voire l’apôtre de la « social-démocratie libertaire ». Mais c’est exactement l’inverse : Marcuse dresse l’acte d’accusation de cette désublimation répressive qu’est la prétendue révolution sexuelle des années 60-70. Il montre que le déclin de la famille est fonctionnellement utile au mode de production capitaliste tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Marcuse, qui, à la suite de Freud, voit dans la famille monogamique le grand organisateur de la répression, explique les raisons de sa lente liquidation, de son « déclin social ». Ce qui distingue notre époque des époques antérieures, ce n’est pas son « hyper-individualisme » (comme on le dit souvent pour reprendre les lieux communs les plus éculés), mais au contraire la "désingularisation" de l'individu. Le « moi », invention augustinienne perfectionnée par tout le développement de la culture occidentale est sans doute – même si Marcuse ne s’exprime pas ainsi – quelque chose qui est en train de s’effacer « comme un visage de sable » (foucault). En effet :
"Par l’intermédiaire de la lutte contre le père et la mère, en tant que cibles personnelles d’amour et d’agression, la jeune génération entrait dans la vie sociale avec des impulsions, des idées, des besoins qui, dans une large mesure, lui appartenaient en propre. Par conséquent, la formation du surmoi, la modification répressive des instincts, la renonciation à la sublimation étaient des expériences très personnelles. Justement à cause de ça, leur adaptation laissait des cicatrices douloureuses, et la vie sous le principe de rendement conservait encore une sphère de non-conformisme privé. " (Eros et Civilisation p. 96)
On pourrait même aller un peu plus loin que Marcuse. Cette sphère de non-conformisme privé était absolument nécessaire et faisait partie intégrante de la structure de la domination du mode de production capitaliste jusqu’à l’entrée dans la période de dérégulation financière de l’économie. C’est l’existence même de cette sphère qui se manifeste dans la critique que les grands penseurs issus organiquement de la classe bourgeoise adressent au mode de production capitaliste – Rousseau, Kant, Fichte, Hegel et Marx. cf Max Weber : L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (lutte entre axiologie puritaine et axiologie catholique : USA/Europe)
À l’âge de « l’industrie culturelle » (une des cibles de Horkheimer et Adorno), à l’âge du développement rationnel des techniques de manipulation du psychisme individuel, « la formation du surmoi adulte semble sauter l’étape de l’individualisation » :
… l’unité génétique devient directement une unité sociale. L’organisation répressive des instincts semble être collective et le moi semble être prématurément socialisé par tout un système d’agents et d’agences extra-familiaux. (p.96)
La lutte contre les formes paternelles désuètes ne peut plus être le cadre dans lequel se forme la personnalité. Marcuse montre justement ce déclin de la figure du père (dont se plaignent tant toutes sortes d’essayistes aujourd’hui) :
Le père, premier objet d’agression dans la situation œdipienne, apparaît maintenant comme un but d’agression plutôt inadéquat. Son autorité, comme dispensateur de la richesse, de l’habileté et de l’expérience se trouve considérablement réduite. Il a moins à offrir et par conséquent il peut moins interdire. Le père progressiste est un ennemi et un « idéal » des plus inadéquats, comme tout père qui ne façonne plus l’avenir économique, émotionnel et intellectuel de l’enfant.[p. 97]
C’est qu’en effet « la domination se pétrifie en un système d’administration objective ». Un tel système rend la révolte beaucoup plus difficile, voire impossible. " L’agression qui pouvait se tourner contre le père (ou l’une des multiples figures paternelles incarnant la domination sociale) ne peut plus que se retourner contre le sujet lui-même, elle est introjectée et « ce n’est plus la répression, mais celui qui en souffre qui est coupable »[p. 98] . Le développement des maladies névrotiques au travail, la dépression, le « burn-out » et le suicide professionnel (cf. France-Télécom) sont des manifestions de cette agression introjectée (voir également le travail d'Alain Ehrenberg (cf article pour l’étude de la multiplication des idiomes psychologiques pour désigner le mal-être psychique.)
17 mai 1967 : Lacan : « L’INCONSCIENT C’EST LA POLITIQUE ».
3) Capitalisme et désobjectalisation Lacan : (Séminaire 17, L'envers de la psychanalyse). Dans n'importe quel objet que désigne la parole se cache une vérité. Laquelle? Du simple fait que nous parlons (et qu'il y a de l'inconscient, c'est-à-dire une scission entre le savoir et la vérité, entre la parole dite et la parole entendue, entre l'image visée et ce qui s'organise dans la différence entre les images et les discours sur les images), nous préférons ne pas le savoir, nous préférons vider l'objet de cette vérité. Cet objet vide, Lacan l'a appelé la lathouse, mot inventé à partir des mots grecs léthé (oubli) et aléthéia (vérité, littéralement le "dés-oubli"). La lathouse est l'objet de l'oubli. C'est l'objet le plus banal, le plus courant, qui soudain pourrait, si nous levions cet oubli, se transformer en la chose la plus effrayante car porteuse de la vérité du désir, du manque angoissant qui structure la vie comme un labyrinthe."Le monde est de plus en plus peuplé de lathouses". Ce sont "des menus objets petit que vous allez rencontrer en sortant sur le pavé à tous les coins de rue, derrière toutes les vitrines, dans ce foisonnement de ces objets faits pour causer votre désir, pour autant que c'est la science qui nous gouverne". La lathouse serait l'objet de consommation, celui qui cause le désir. Il y a deux versants dans ce concept. D'une part, l'objet le plus ordinaire tel que la société contemporaine le multiplie (l'objet de consommation, la drogue, le "bouche-trou" consumériste, l'écoute continue du balladeur pour ressentir tout le corps vibrer, c'est l'ensemble des petits processus offerts par l'économie libérale à qui veut éviter la castration, l'interdit de la jouissance immédiate. En cela, la lathouse est ce qui contribue à réduire les possibilités offertes à l'être humain de convertir sa solitude et son angoisse en force de travail sublimatoire). Selon Lacan, au vu des structures prises par l'économie mondiale, "La lathouse n'a pas du tout de raison de se limiter dans sa multiplication". D'autre part, la lathouse place les sujets occidentaux face à une "une position impossible à tenir" notamment en ce qui concerne le Réel, c'est-à-dire la béance fondamentale du manque originaire (lié aux angoisses de la naissance et du sevrage et aux terreurs et images hallucinatoires primitives que le corps à produit pour s'en défendre, pour y donner forme) comme Lacan l'explique le 18 juin suivant. La lathouse, c'est effroyable quand ça sort. Pourquoi? Parce que l'oubli est levé. Dans lathouse il y a léthé, l'oubli. Mais si la vérité l'affecte, a-léthéia, si l'oubli est levé, si le caché réapparait, alors vient l'angoisse. En ce sens les oeuvres de Jeff Koons, dans leur hyper-esthétisme kitsch et mièvre sont là pour désigner le fonctionnement de la lathouse, qui camoufle l'angoisse, mais par moments la laisse paraître avec un effet traumatique intense (ainsi en va-t-il d'un regard prolongé porté sur les oeuvres de Koons dotées de surfaces-miroir telles que "Elephant" 2003 , Ane et Morse 1999) En ce point la lathouse montre son autre versant, mais elle est toujours la lathouse


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